Partout dans nos îles, le secteur de la construction se transforme à grands pas. Pour accompagner cette dynamique, l’enjeu ne réside pas seulement dans les matériaux ou la technologie, mais avant tout dans l’humain. Développer des compétences clés, créer des parcours porteurs de sens et transmettre un savoir-faire local solide sont les véritables piliers d’un développement régional durable. 

À l’occasion du mois dédié aux carrières du BTP, nous sommes allés à la rencontre de Carole Ménager, Group Chief People Officer chez Cementis, pour faire le point sur les mutations en cours, l’attractivité de nos métiers et les perspectives d’avenir pour les bâtisseurs de l’océan Indien. 

Avec l’expansion de la construction dans nos îles, quels sont selon vous les nouveaux rôles et compétences devenus essentiels sur le terrain ? 

La construction évolue rapidement dans nos îles. Aux métiers techniques traditionnels, qui restent absolument essentiels, s’ajoutent désormais de nouvelles compétences liées à la digitalisation, à la performance environnementale et à la sécurité. 

Nous avons notamment besoin de professionnels capables de maîtriser les outils numériques et les fondamentaux de l’intelligence artificielle, l’analyse de données et la maintenance d’équipements de plus en plus automatisés. Les compétences liées à la construction durable deviennent également incontournables : optimisation de l’utilisation des matériaux, réduction de l’empreinte carbone, efficacité énergétique, gestion des déchets et adaptation des infrastructures aux risques climatiques. 

Dans des territoires insulaires où les ressources et le foncier sont contraints, et où les chaînes d’approvisionnement peuvent être complexes, la polyvalence, l’anticipation et la capacité à trouver des solutions localement sont particulièrement importantes. Enfin, au-delà des compétences techniques, le secteur recherche des professionnels capables de travailler en équipe, de communiquer efficacement et de faire de la sécurité une priorité quotidienne. 

Face à ces nouveaux besoins, que doivent mettre en place les entreprises du secteur pour réussir à attirer ces professionnels de talent ? 

Les entreprises doivent avant tout rendre les métiers du secteur plus visibles et mieux expliquer la diversité des carrières qu’ils offrent. La construction ne se limite plus aux métiers que l’on imagine traditionnellement sur un chantier. Elle comprend aujourd’hui des fonctions dans l’ingénierie, le numérique, l’environnement, la logistique, la qualité, la sécurité, l’innovation et le management de projets. 

Pour attirer les talents, il faut également construire des passerelles solides avec les écoles, les centres de formation et les universités. Cela peut passer par des stages, des programmes d’alternance, des visites de sites, des interventions de professionnels ou encore des parcours de formation conçus conjointement avec les acteurs de l’éducation. 

Les candidats sont aussi de plus en plus attentifs au sens de leur travail. Les entreprises doivent donc être capables de présenter une proposition de valeur claire : contribuer au développement du territoire, construire des infrastructures utiles, participer à la transition environnementale et évoluer dans un environnement où la sécurité, l’inclusion et le développement des compétences sont réellement pris au sérieux. 

Enfin, dans nos îles, attirer les talents implique aussi de créer davantage de perspectives locales. Il est important que les jeunes puissent se projeter dans une carrière ambitieuse sans penser qu’ils doivent nécessairement quitter leur territoire pour réussir. 

Au-delà du recrutement, quelles sont les clés pour continuer à les former et les fidéliser sur le long terme ? 

La fidélisation commence dès l’intégration. Un collaborateur doit rapidement comprendre son rôle, les attentes de l’entreprise et les possibilités d’évolution qui s’offrent à lui. Il doit également se sentir accompagné par son manager et reconnu pour sa contribution. 

La formation doit ensuite être pensée comme un processus continu. Dans notre secteur, les technologies, les normes, les attentes environnementales et les méthodes de travail évoluent rapidement. Il est donc nécessaire de combiner les formations techniques, les certifications, le tutorat sur le terrain et le développement des compétences managériales. 

La transmission des savoir-faire est particulièrement importante. Nous avons dans nos entreprises des professionnels très expérimentés dont les connaissances représentent un véritable patrimoine. Mettre en place des systèmes de mentorat permet à la fois de transmettre cette expertise, de valoriser les collaborateurs expérimentés et d’accélérer le développement des plus jeunes. 

Enfin, les salariés restent lorsqu’ils voient un avenir dans l’entreprise. La mobilité entre les métiers, les sites ou les différentes îles du groupe peut constituer un levier très puissant. Mais la fidélisation repose aussi sur des fondamentaux : un management de qualité, un environnement de travail sûr, une reconnaissance équitable, une écoute réelle des collaborateurs et un bon équilibre entre performance et qualité de vie au travail. 

Sentez-vous que le regard de la jeune génération sur les métiers du BTP est en train de changer dans la région ? 

Oui, je pense que le regard commence à évoluer, même s’il reste encore beaucoup à faire. Les jeunes générations découvrent progressivement que le secteur de la construction est beaucoup plus technologique, diversifié et porteur d’innovation qu’elles ne l’imaginaient. 

Elles sont notamment sensibles aux enjeux de durabilité, de résilience climatique et d’impact local. Or, les métiers de la construction sont précisément au cœur de ces transformations. Construire mieux, utiliser les ressources de manière plus responsable, développer des infrastructures adaptées aux réalités insulaires et améliorer le cadre de vie sont des missions qui peuvent avoir beaucoup de sens pour les jeunes. 

Pour accélérer cette évolution, nous devons leur montrer la réalité du terrain. Les témoignages de jeunes professionnels, les visites de sites, les immersions, les stages et la présentation de parcours de carrière concrets sont essentiels. Nous devons également mieux valoriser les filières techniques et professionnelles, qui offrent de véritables perspectives d’emploi, d’évolution et d’entrepreneuriat. 

Il est enfin indispensable de continuer à faire progresser la mixité. Les métiers du BTP, de l’industrie et de la production doivent être présentés comme accessibles à toutes et à tous. Les entreprises ont un rôle majeur à jouer en créant des environnements inclusifs et en donnant davantage de visibilité aux femmes qui réussissent dans ces métiers. 

Enfin, quel conseil donneriez-vous aujourd’hui à quelqu’un qui envisage de s’orienter vers les métiers de la construction dans nos îles ? 

Je lui conseillerais d’abord d’aller à la rencontre du secteur et de ne pas rester sur une image parfois dépassée de ses métiers. Il faut visiter les sites, échanger avec des professionnels, effectuer des stages et découvrir la diversité des parcours possibles. 

C’est un secteur qui offre des opportunités très variées, que l’on soit attiré par la technique, l’ingénierie, le management, le numérique, la logistique, l’environnement ou l’entrepreneuriat. Il permet aussi de voir très concrètement le résultat de son travail et son impact sur la vie quotidienne des populations. 

Je lui conseillerais également de développer une double compétence. Une solide expertise technique, associée à des compétences en numérique, en gestion de projet, en sécurité ou en développement durable, constitue aujourd’hui un profil particulièrement recherché. 

Enfin, je lui dirais d’être curieux, mobile dans son apprentissage et intransigeant sur la sécurité. Dans les métiers de la construction, on n’arrête jamais d’apprendre. C’est cette capacité à évoluer qui permet de bâtir une carrière durable et, plus largement, de contribuer à bâtir l’avenir de nos îles. 

En conclusion, les métiers de la construction sont des métiers d’avenir parce qu’ils se trouvent à la croisée de plusieurs enjeux majeurs : le développement économique, l’emploi local, la transition environnementale et la résilience de nos territoires insulaires. Notre responsabilité, en tant qu’employeur, est de faire connaître ces opportunités et de donner aux talents les moyens de grandir durablement dans nos îles.