On l’imagine souvent comme une simple mécanique, un défilé de camions sur les routes. Pourtant, la logistique est bien plus qu’une affaire de transport : c’est le cœur battant de toute l’industrie du ciment. Sans elle, tout s’arrête, de la production en usine jusqu’aux chantiers qui dessinent nos paysages. C’est un métier de précision où il faut savoir jongler, chaque jour, entre la rigueur du détail et l’imprévu du terrain.
Pour comprendre comment on fait circuler des milliers de tonnes avec agilité, nous avons rencontré Yousouf Cassim, Head of Logistics de Cementis Mauritius. Entre optimisation des flux et vision d’avenir, il nous livre son regard sur un secteur en pleine mutation.
La logistique est souvent décrite comme la colonne vertébrale des opérations cimentières. Comment décririez-vous son importance spécifique au sein de votre organisation ?
Au cœur de Cementis, la logistique agit comme le trait d’union indispensable entre la production, nos centres de distribution et le client final. C’est un rôle de pivot : nous devons garantir une agilité constante et une efficacité sans faille pour que la promesse faite au client soit tenue.
Depuis votre arrivée, quels sont les grands changements que vous avez introduits ?
Mon objectif a été d’insuffler plus de rythme. Nous avons préparé les équipes à travailler sur des planifications beaucoup plus serrées, ce qui a permis d’optimiser l’efficacité de chaque trajet. Parallèlement, nous avons renforcé nos partenariats avec des prestataires externes pour honorer les engagements de nos commerciaux. L’idée est simple : nous ne livrons pas pour stocker, mais pour répondre précisément là où la demande est la plus forte, tout en mesurant nos performances de livraison en continu.
Dans une industrie aussi traditionnelle que le ciment, comment obtient-on l’adhésion pour innover ? Avez-vous rencontré des résistances ?
C’est vrai, changer les habitudes n’est jamais simple. On craint souvent que l’innovation serve à surveiller, alors qu’elle est là pour aider. Mon approche est simple : je parle beaucoup avec les équipes. On mise sur des petits changements concrets, des « petites victoires » qui prouvent tout de suite que ça marche. Quand on voit que le travail devient plus fluide, la confiance s’installe. Je crois beaucoup à l’autonomie ; je ne suis pas là pour donner des ordres d’en haut, mais pour donner une direction claire et ferme quand il le faut.
Les perturbations de la chaîne d’approvisionnement ont été un défi mondial majeur ces dernières années. Comment avez-vous protégé vos opérations face à ces secousses ?
Le choc a été brutal : le prix du carburant qui grimpe, des retards imprévus… Pour contrer cela, notre priorité a été de maintenir la satisfaction client grâce à une coordination chirurgicale entre la vente, la production et nos équipes logistiques. Nous avons diversifié notre flotte en engageant plusieurs partenaires de transport pour répondre à la demande et optimiser nos itinéraires. Aujourd’hui, nous avons systématiquement un « plan B ». Nous utilisons les données et des indicateurs de performance (KPI) pour suivre les temps de rotation et prendre des décisions correctives immédiates en cas de besoin.
On parle de plus en plus de transport « vert ». Est-ce vraiment possible pour une entreprise comme la vôtre ?
La logistique verte est devenue un impératif, tant réglementaire que commercial. Dans notre métier, le transport pèse lourd dans l’empreinte carbone. Notre première action concrète est l’optimisation des flux : éviter les transferts inutiles vers les dépôts et coller au plus près des tendances de vente pour réduire les kilomètres parcourus, sans jamais compromettre la sécurité. Si le passage au 100 % électrique pour le transport lourd n’est pas encore pratiquement réalisable, nous avons déjà franchi le pas pour notre flotte de véhicules légers, désormais composée de modèles hybrides et électriques.
Quelle est votre ambition pour la logistique de Cementis dans les années à venir ?
Je rêve d’une organisation fluide, où chaque décision est guidée par des données précises et une stratégie commune. Je veux que nous atteignions une forme d’excellence, sans dépendre de qui que ce soit, mais en créant des partenariats solides et humains avec nos transporteurs. En résumé : être efficaces, être agiles, et garder ce lien de confiance qui nous lie à nos clients.
